Des roses, des médailles, et toutes sortes d'objets bizarres s'accumulaient peu à peu sur le cercueil au fur et à mesure que la file artisanale qui s'était organisée se vidait de ses membres. On pouvait entendre des reniflements, des murmures de tristesse, ou des injures à propos d'un Dieu qui ne savait pas choisir qui devait quitter cette terre.
La foule se disperssait peu à peu, certains faisant un détour pour présenter leurs condoléances à Alexandre, laissant place à la pelleteuse qui rebouchait le creux, engoufrant le cercueil dans des ténèbres profonds de quelques mètres seulement.
Le noir total ... C'est l'impression qu'avait Alexandre, n'entendant qu'en un murmure les voix des connaisssances de son grand père, prises de pitié pour un jeune garçon abandonné seul à la vie. Il y eut cependant une vieille femme à laquelle il accorda plus d'attention qu'aux autres. Habillée dans une simple robe noire, couverte d'un chapeau aussi sombre, on appercevait à peine sa chevelure argentée et ses mains, abritées auparavant d'une paire de gants qu'elle tenait désormais de la main gauche, présentaient l'usure de la vie. Elle avait gardé une rose du bouquet qu'elle avait envoyé sur le cercueil, qu'elle maintenait contre elle, de sa main droite, frêle. Elle lui tendit en approchant, puis lorsqu'il eut prit la fleur, elle se laissa aller à lui exprimer qu'elle comprenait très bien ce qu'il ressentait.

« J'étais très proche de ton grand père, comme tu as dû le remarquer, et j'aimerais seulement te dire, au lieu de banales condoléances que tu ne dois cesser d'entendre, que ma maison t'est et te sera toujours ouverte .. Je sais bien que je ne peux pas faire grand chose de plus, mais si tu as besoin de quoi que ce soit .. »
Elle fut coupée par la main d'Alexandre qui lui saisit le bras en mouvement.
« Je sais, Jeanne, je viendrai si j'en ai besoin, je te le promet, ne t'inquiète pas pour moi je t'en prie, ça ira, il m'avait préparé à ça .. Il m'avait bien dit qu'un jour, plus tôt que je ne pouvais l'imaginer, il devrait me quitter, c'est chose faite, maintenant. »

Jeanne eut pour toute réponse le geste de baisser la tête et de regarder le sol caillouteux de provence. Elle releva doucement son visage, et regardant le jeune homme dans les yeux, elle lui murmura un « Au revoir .. » puis pivota sur la droite afin de rejoindre le mouvement de foule, quittant le cimetière.

Alexandre resta planté là un bon moment, réfléchissant aux choses qui l'entourraient. Il était mal à l'aise dans son costume trois pièces qu'il avait dû louer pour l'occasion ... mais quelle occasion ! Une qu'il aurait souhaité ne jamais vivre ... Mais la vie n'avait rien de réellement contrôlable, à ce niveau du moins. Il avait songé quelques instants à se plonger dans la solitude, puis ayant réfléchis aux conséquences, à ce que son grand père lui avait dit avant sa mort, et à ce que ce dernier aurait souhaité, il avait prit sur lui de contacter ses amis pour leur annoncer la mauvaise nouvelle. Non pas qu'il voulut une quelconque pitié, mais simplement pour ne pas perdre les quelques rapports sociaux proches qui lui restaient.
Le malaise qu'il éprouvait dans son costume noir le sortit de ses pensées, le ramenant à la réalité - bien que le noir lui saille bien, avec ses cheveux bruns et ses yeux foncés, il n'aimait pas vraiment les tenues unies, préférant formes incongrues ou dessins humoristiques -, il se tourna tant bien que mal vers la sortie du cimetière, tandis que les employés de celui-ci s'empressaient d'achever leur labeur.